Plassard : de fil en aiguille

Avez-vous lu le superbe article de Philomène Nwall-Galen, dans le magazine Fait Main Tricot Eté 2017 ?

Le voici en exclusivité !

Créée en 1879, la filature Plassard, située à Varennes-sous-Dun a su cultiver sa différence en proposant des laines de qualité exceptionnelle. Le changement de direction en début d’année est l’occasion de découvrir la clé du succès de cette entreprise familiale hors du commun.

Texte : Philomène Nwall-Galen. Photos : Laines Plassard & Hamish McKay.

Nichée dans un écrin de verdure en Saône-et-Loire la filature Plassard est une entreprise familiale française créée en 1879 par Charles Plassard. Elle regroupait alors la filature, les ateliers, l’expédition et le magasin de vente. Quatre générations se sont succédé à sa tête jusqu’au 2 janvier 2017, date à laquelle Grégory Fournier, un jeune commercial, passionné d’art du fil a racheté l’entreprise. Jusque-là, c’est Anne Plassard qui en a assuré la présidence pendant les 21 dernières années.

Située dans un moulin datant de Louis XIV, à Varennes-sous-Dun dans un magnifique cadre vallonné et verdoyant, cette Filature dont le secret du succès réside dans la production de laines diversifiées à partir de belles matières, est une référence du secteur. En effet, les belles matières, chez Plassard, c’est historique. «Jusqu’en 1993, Plassard ne filait que des matières 100% naturelles: laine, soie, alpaga, mohair… et puis sont apparus les fils mélangés dans nos collections. Mais pas n’importe lesquels. Acrylique, polyamide ou polyester: notre héritage culturel est un véritable garde-fou. Le prix ne doit en aucun cas justifier une baisse de qualité!» s’exclame Anne Plassard. Même si elle avoue avoir un faible pour la fibre de l’alpaga qu’elle qualifie de magique : « cet animal propose une gamme de coloris naturels tellement vaste: la toison des alpagas va de l’écru très clair au marron foncé et jusqu’au noir. C’est absolument fascinant et totalement exceptionnel. Il en va de même pour les fibres: elles peuvent être grossières et donc manquer de douceur, mais si l’on sélectionne les plus belles, les plus fines elles n’ont d’égal que leur douceur», commente-t-elle. Chaleureuse, pleine de vie, amoureuse de la nature, passionnée de couleurs et ayant baigné dans l’univers de la laine depuis sa tendre enfance, Anne Plassard a été initiée aux arts du fil en général et au tricot en particulier par sa mère dès l’âge de 7 ans !

Elle est donc tombée dedans quand elle était petite ! «Ma mère me mettait dans une caisse de laine à l’usine lorsqu’elle avait du travail et n’avait personne pour me garder! Autour de moi toutes les figures tutélaires tricotaient: maman, tantes, grands-mères…» se souvient-elle, le visage illuminé d’un bonheur, que l’on devine total.

Née en face de l’entreprise familiale, Anne Plassard poursuit ses études supérieures à Lyon avant de s’envoler pour les États-Unis. Pendant une année, elle parcourt le pays de l’Oncle Sam du Nord au Sud et d’Est à en Ouest. «À mon retour, mes parents me proposent d’intégrer l’entreprise familiale: la filature tourne à fond, ils exportent 80% de leur production…». Cela tombe à pic, car dit-elle «personne dans l’entreprise ne parle de langue étrangère. La communication avec les clients du monde entier en est très ralentie, puisqu’il faut utiliser les services d’un interprète à la Chambre de Commerce. Et voilà comment, à 27 ans, je suis revenue à mon point de départ!». C’est ainsi qu’en 1989 elle intègre l’entreprise familiale et en devient le PDG quelques années après, à 35 ans seulement.

Quand on lui demande quel regard elle porte sur l’évolution du tricot, sa réponse est édifiante : «mon Dieu! tout a tellement changé! Les mailles se tricotent toujours à l’endroit ou à l’envers certes, mais… les fils n’ont plus rien de commun avec ceux des années 80. À l’époque, les laines grattaient, les touchers étaient secs, les fils plus retordus qu’aujourd’hui, donc moins confortables. Il fallait qu’une laine soit chaude, c’était sa qualité première. Alors on tricotait pour avoir chaud. Aujourd’hui, le tricot est devenu un loisir. On ne tricote plus par nécessité, mais pour le plaisir du faire soi-même».

Par ailleurs, pour les lectrices de Fait Main Tricot, Anne Plassard dévoile en avant-première les tendances qui vont influencer la collection automne-hiver 2017-2018 de son label : «l’élément essentiel est le bien-être. Nous vivons dans une société compliquée, des événements inquiétants se produisent qui nous malmènent, nous déstabilisent. Nous sommes à la recherche de réconfort et donc de bien-être. Nous avons besoin de vêtements douillets, confortables dans lesquels nous enrouler, nous lover, nous blottir… La maille est idéale car tellement souple et confortable», explique-t-elle.

Et au moment de céder son entreprise, elle n’a aucun doute sur l’avenir de la maille : «depuis le tout début des années 2000, le tricot ne cesse de se développer et le nombre de passionnés augmente d’année en année. Il y a les femmes qui avaient arrêté et qui s’y remettent et toutes les jeunes qui découvrent un hobby gratifiant, utile et convivial. Oui, la convivialité du tricot est un élément important dans ce nouvel essor… et n’oublions pas son côté thérapeutique. Le faire soi-même est valorisant et aussi rassurant» commente cette maman de deux grandes filles. Forte de son savoir-faire ancestral, la Filature sait compter sur son équipe de stylistes, pour aborder le tricot moderne et proposer des modèles uniques et surtout, elle a su s’adapter aux nouveaux canaux de distribution que constitue l’univers numérique, notamment les réseaux sociaux.

Cette étape est d’autant plus cruciale à négocier que les filatures ferment les unes après les autres. Le secret de Plassard, devenu emblème de toute une région, pour rester aussi efficace ? Anne Plassard et Grégory Fournier sont formels : «Plassard a toujours su cultiver sa différence en proposant des fils de qualité, des fils fantaisie ou intemporels et en apportant ce petit plus qui nous distingue de la concurrence. Par ailleurs, nos équipes sont profondément attachées à leur entreprise et cela se ressent dans le service client, qui est pour nous une priorité», expliquent-ils. Voilà au moins un passage de témoin qui laisse augurer d’une suite prometteuse pour la marque Plassard et les inconditionnels de leurs laines hors du commun.

Deux questions à Grégory Fournier, nouveau PDG des Laines Plassard

Grégory Fournier a grandi à Villefranche-sur-Saône, dans le Beaujolais, a fait ses études supérieures à Lyon puis à Troyes à l’École Supérieure de Commerce. Après un premier poste de travail au sein d’une grande enseigne de la grande distribution, il décide en 2002 de créer une société de vente de textile en gros, puis une seconde trois ans plus tard cette fois-ci, spécialisée dans la vente du petit électroménager. Puis en 2015, il décide de vendre cette société et se met en quête d’une société selon ses propres termes «avec une âme, une histoire, des produits innovants où la notion de qualité est importante et surtout des clients avec lesquels je puisse partager ces valeurs». Des critères presque draconiens, qu’il a trouvés en la marque Plassard. Dès lors, le rachat de la marque en décembre 2016 n’était plus qu’une question de temps et de formalité pour ce travailleur acharné, mû par des valeurs nobles et une magnifique ambition. Porté par une vie familiale bien épanouie autour de son épouse et de ses deux enfants, Grégory Fournier a pris ses fonctions le 2 janvier 2017.

Fait Main Tricot : qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à l’univers du fil ?

Grégory Fournier : j’avais en fait établi un cahier des charges de ma recherche d’entreprise à racheter. Plassard a rempli tous mes critères. J’ai trouvé ici des équipes attachées à leur entreprise, à leur région et à leurs produits. Par ailleurs, tout le monde tricote chez moi ! La rencontre avec Anne Plassard s’est très bien passée et j’ai ressenti une vraie volonté de transmission.

Fait Main Tricot: comment comptez-vous maintenir la marque Plassard parmi les meilleures du secteur ?

Grégory Fournier : nous avons de très bons échos de nos catalogues et nos sélections de fils. Nous allons donc continuer à travailler à la fois sur le style, en modernisant encore l’image, et sur les matières afin de répondre aux demandes de nos clientes qui recherchent des produits mode dans des matières naturelles. Nous allons par ailleurs accentuer notre présence sur les réseaux sociaux afin de travailler la notoriété de notre marque. De même, nous travaillons à offrir un certain nombre de services « digitaux » à nos clients revendeurs afin de leur faciliter la vie et les aider à se concentrer sur le cœur de leur métier : la passion du tricot ! Enfin, nos équipes marketing planchent pour donner une meilleure visibilité à notre marque dans les points de vente.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les posts Plass'au Tricot